ALICE SOFA :" Je n’ai pas mis ma carrière en veilleuse "

ALICE SOFA
“Je voulais faire un enfant”
C’est en 1998 que la chanteuse, Alice Sofa, a sorti Yalê, son dernier disque. Et puis, une série d’évènements malheureux l’ont éloignée davantage de la scène musicale. Aujourd’hui, l’artiste revient avec un maxi single en prélude à la sortie de son quatrième album. Avant cette rentrée artistique, Alice se confie.

 • Comment va Alice ?
- Bonjour à tous les lecteurs de Top Visages. Je suis là et je me porte bien. Je leur dis que je suis de retour à Abidjan et tout va bien.
 

• C’est le grand retour ?
- Oui. Je reviens sur la scène musicale. J’ai un maxi single qui annonce ce retour avant la sortie de mon véritable album.

• Entre-temps, où étais-tu passée ?

- Je m’occupais de ma fille, à Paris. Et puis je me suis inscrite dans une école de musique et de danse à Argenteuil. J’ai fait un an dans cette école. Je ne peux pas prétendre que je sais tout. Mais le peu de temps que j’ai passé là-bas m’a permis de parfaire ma technique de chant.

• Il n’y a pas que ça qui t’a fait partir à Paris ?
- En réalité, je suis allée en France, parce que j’ai reçu beaucoup de coups durs ici. Après les décès de ma fille et de ma mère, je me suis dit qu’il fallait que je sorte un peu d’ici pour évacuer tout ce stress et me changer les idées. Et puis, après mon accouchement, je ne voulais pas rester inactive. Je me suis inscrite dans une école de gospel pour forger ma voix. Maintenant, je chante avec beaucoup plus d’assurance. Et cela va commencer par le single qui va être bientôt mis sur le marché du disque.

• Avais-tu besoin d’aller en France pour changer d’air ?

- J’ai fait une dépression suite à la série d’évènements malheureux qui se sont enchaînés dans ma vie. Il fallait que je me déplace absolument pour évacuer toute cette tension qui s’était accumulée en moi. J’avais besoin de faire le vide dans ma tête. C’était nécessaire.

• Faire cet enfant était-il si impératif au point de mettre ta carrière en veilleuse ?
- Je n’ai pas mis ma carrière en veilleuse. Je chantais dans un groupe de gospel qui tournait. Mais il faut dire que je ne me sentais pas bien moralement. Car après avoir perdu mon enfant et ma mère en l’espace d’un an, j’étais beaucoup déprimée. Je n’étais pas prête moralement à affronter un public. C’est pour cela que je me suis éclipsée pour faire mon deuil avant de revenir.

• Et aussi pour faire un enfant ?

- Tu sais, quand tu es une mère et que le matin, ton enfant te sourit ou bien il te dit : “maman, je t’aime”, c’est le plus beau cadeau que Dieu puisse donner à une femme. Un enfant, c’est un tout. Et c’est une responsabilité. Me concernant, cet enfant m’a apporté l’amour et la joie. Le sourire d’un enfant apporte la joie à une femme. Franchement, j’avais besoin de ça.

• En clair, tu voulais un enfant ?
- Oui. La joie que me procure sa présence est nécessaire pour moi. Je lui apporte tout mon amour. Pour lui, je serai toujours présente quand il le faut.

• Qu’est-ce qui a changé dans ta vie avec la venue au monde de cette enfant ?
- Ce qui a changé dans ma vie ? c’est qu’aujourd’hui, il y a des choses que je ne peux plus faire. Il y a désormais un être humain qui compte sur moi. Ma fille n’a pas demandé à venir au monde. Je dois faire très attention à ce que je fais maintenant. Quand on vit seule, on s’en fout de tout, à la limite. On peut même vivre au jour le jour. Maintenant, je dois préparer l’avenir de ma fille.

• Il paraît que tu t’occupais personnellement de ton bébé au point que tu ne voulais pas de nounou ?
- Une nounou à Paris ? Tu blagues ! Les nounous sont payées cher là-bas. Il faut miser environ 600.000 francs cfa. C’est pour toutes ces raisons que j’ai décidé de m’occuper personnellement de mon enfant. De toute façon, quand tu t’occupes de ton enfant, vous devenez proches.Tu te lèves la nuit, tu changes ses couches, tu le nettoies, tout cela renforce l’amour entre vous. C’est moi qui ai décidé de m’occuper de mon enfant personnellement. Même si c’est dur.

• Les couches, le biberon, tout ça, c’est toi ?
- J’ai fait tout cela de mes propres mains. J’ai décidé de faire tout ça de manière volontaire. J’en avais besoin.

• Comment vis-tu tes angoisses de mère ?
- C’est lorsque l’enfant est malade que la mère est le plus angoissée.
Ah là, tu trembles et tu n’es pas tranquille ! Quand l’enfant chauffe, la mère perd sa sérénité. Mais après, tout rentre dans l’ordre. C’est tout ça qui développe l’amour entre une mère et son enfant.

• Peux-tu nous raconter ton accouchement ?
- C’est une histoire qui me fait rire maintenant quand j’y pense. J’avais un magnétophone qui contenait une cassette de la chanson Jésus est mon ami. Comme je devais accoucher par césarienne, j’ai tenu à avoir l’appareil avec moi dans le bloc opératoire. Mais les médecins m’ont dit que c’est impossible. Je leur dis que je ne suis pas prête à me séparer de mon appareil. Alors, ils l’ont pris et l’ont stérilisé.

• Pourtant tu sais que c’est interdit !
- Ma première expérience de maternité a été malheureuse. Elle a failli même me coûter la vie. Alors, cette fois-ci, je voulais que Jésus m’accompagne. Et pendant que les chirurgiens stérilisaient le magnétophone, j’ai commencé à chanter. Tous les médecins étaient étonnés et se demandaient si c’était un concert live dans le bloc opératoire.

• …
- Tout le monde pensait que j’étais folle. Je priais à tue-tête en me confiant à Jésus. Quand la petite est venue au monde et qu’ils l’ont couchée sur moi, je l’ai prise dans mes bras et je l’ai confiée également à Jésus en disant : “Seigneur, voici ta fille. Je te la confie et elle est à toi. Toute la gloire te revient.” Les médecins me regardaient, ébahis par tout ce qui se passait sous leurs yeux.

• Ta fille, elle peut chanter un jour ?
- Déjà à trois ans et demi, ma fille sait composer des chansons. Elle a la notion du rythme et chante comme une grande. Mais je lui ai dit qu’elle ne chantera après un Bac +5, si elle le veut.

• Tu ne trouves pas quand même que c’est sévère comme critère ?
- La musique, c’est ma vie. Et je ne regrette pas de l’avoir choisie. J’aime procurer la joie aux autres. Mais il faut être fort mentalement pour faire la musique.

• De quoi vivais-tu ?
- Je me produisais souvent, mais je n’en parlais pas. En février dernier, j’ai joué en Tunisie pour le compte de la Bad. Je fais toujours des spectacles.

• Tu reviens avec un maxi single et un nouveau concept ?
- Oui. Ce concept s’appelle le Vlagada. C’est l’expression qui signifie tomber, en baoulé. En fait, j’ai créé ce concept par rapport à une situation qui m’a marquée à Paris. Chaque fois qu’un homme voit une femme, à Paris il lui demande : “Vous venez du boulot là ?” Alors je réponds en me demandant : tant que je ne travaille pas, je ne peux pas sortir avec un homme ? L’on m’a dit que c’est le système qui le veut ainsi. Cette situation m’a marquée et j’ai décidé de créer un concept pour sensibiliser mes sœurs. En leur disant que le jour qu’elles ne seront plus belles, leurs mecs vont les laisser tomber vlagada.

• As-tu été une fois victime de cette situation ?
- Non. Je n’ai pas encore été victime de cette situation. Dans la mesure où je me suis toujours battue dans ma vie. En fait, moi, j’ai vite compris. Mais quand je suis arrivée en Europe, j’ai compris que c’est plus qu’une nécessité de se battre.


Par Justin Kassy et Tepson Dro ( TOP v . )

 
 

 

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