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JULIETTE ANZIAN Toukpê pour la paix !

L’une des émissions à très forte audience qui retient l’attention des auditeurs sur Fréquence 2, s’appelle Toukpê. Le 7 juin dernier, nous avons fait une incursion dans l’univers de cette émission et avons tendu le micro à Juliette Anzian.
Il est 7 heures. Nous arrivons au studio de Fréquence 2 au Plateau. Juliette Anzian et Mister Dioum, les principaux animateurs de l’émission Toukpê sont déjà installés. Ils sont rejoints, quelque temps après, par Abasse.
Ils feuillettent avec beaucoup d’intérêt les journaux du pays, discutent sur des sujets brûlants, harmonisent leurs points de vue. Dans une heure, l’émission va commencer. Inutile de les perturber. Pendant ce temps, dans la cabine technique, Didier Séka Atsé, le technicien de service, s’active à programmer des extraits tirés des discours des différents leaders politiques. Question de cordonner les interventions des animateurs au cours de cette émission qui a pour but d’aborder les sujets sérieux avec une pointe d’humour et un fond de vérité crue.
Avec Juliette Anzian, l’animatrice et l’initiatrice principale de cette émission à succès, nous allons en savoir un peu plus.


Alors comment vous est-il venue l’idée de créer cette émission ?

- Cela remonte à trois ans. Nous nous sommes rendu compte qu’il fallait créer un cadre de décrispation entre les Ivoiriens pour qu’ils s’aiment et dépassent leurs différents clivages. Nous avons donc opté pour les alliances à plaisanterie. Qui sont dans nos traditions des pactes sacrés de non-agression. Et qui permettent aux personnes de régler leurs différends dans l’amour. Voilà comment Toukpê est née.
 


• Avez-vous le sentiment que le message est passé ?


- A en juger par les réactions du public, je pense que oui. Tous les dimanches matin de 8 heures à 10 heures, sur Fréquence 2 et tu te rendras compte de l’intérêt que la population porte à l’émission. Parce que contrairement à ce que l’occident veut nous faire croire, la société africaine est assez organisée. Mais nous avons perdu tous nos bons repères pour nous référer à ceux de l’extérieur que nous ne maîtrisons pas forcément et qui, par moments, nous déroutent. Alors peut-être que le mieux pour nous est de nous organiser en tenant compte de nos valeurs. Notamment en valorisant les alliances à plaisanterie qui sont une source importante de résolution des conflits. Par exemple, il y a alliance entre Agni et baoulé. Ce qui veut dire que si un Baoulé est agressé, l’Agni doit le secourir et vice versa. Et quand on est alliés, on ne verse pas le sang. Notre objectif est que tous les Ivoiriens restent dans cet élan d’amour et de pacte sacré de non- agression pour la paix.



• Tout le monde semble avoir épousé l’esprit de l’émission. C’est comme ça depuis le début ?

- Il y a eu deux réactions au sein de la population. Il y a ceux qui avaient vraiment peur pour nous. Parce que c’est pratiquement la première fois qu’au cours d’une émission, on critique des leaders des partis politiques, des chefs d’Etat, des ministres… Au départ, ça choquait. Il y a des gens qui souhaitaient qu’on ait des gardes du corps (Elle rit). Ensuite, il y a ceux qui nous en voulaient un peu parce qu’on critique leur leader. Je me rappelle qu’un jour, une femme bété nous a appelés pour nous faire des histoires, simplement parce qu’on a critiqué le Président Gbagbo. Mais après, elle a rappelé pour s’excuser. Il y a même des personnes qui ont fait parvenir des courriers à nos patrons pour que nous soyons renvoyés. (Elle rit) Mais aujourd’hui, tout le monde a coimpris le sens de l’émission.
 


• Et les concernés, comment le prennent-ils ?

- C’est extraordinaire ! Ils le prennent bien. Le premier à nous appeler pour nous féliciter est le président du RDR, Escalator, pardon le Premier ministre, Allasane Ouattara. Il y a eu plusieurs autres personnalités qui aiment même qu’on les critique. Ils ne le prennent pas mal. Tu sais, on a reçu, ici, le président Fologo. Il avait perdu son grand frère et il partait au nord pour les obsèques. Mister Dioum lui a dit que c’est bien que son frère soit mort. Ce dernier lui doit de l’argent et tant que Fologo ne rembourse pas et qu’il ne lui achète pas un bœuf, il ne bouge pas. Et le président du Conseil économique et social a demandé s’il était koyaka, on a dit oui. Et sur-le-champ, il lui a demandé pardon. En promettant qu’il ferait face à ses doléances. Parce que M. Fologo sait qu’il y a alliance entre Koyaka et Sénoufo. Et ça passe. Sinon, en temps normal, c’est sur quel pied tu vas t’arrêter pour tenir de tels propos à un monsieur comme Fologo.
 


Et… “SEPLOU”, dans tout ça ?

- Selon ses proches, le Président Laurent Gbagbo écoute l’émission. Il ne la rate pas. Et quand il lui arrive de ne pas la suivre, il demande qu’on lui en fasse une copie. Il aime ça. Il rit beaucoup quand il l’écoute. Il le prend aussi bien quand on dit que nous sommes en train de nous moquer de lui.
 


• Avez-vous une anecdote par rapport à lui ?


- On s’est rencontrés un jour à des funérailles. J’étais avec Mariam Coulibaly. Et quand il nous a vues, il m’a fait de grands gestes pour nous appeler. Arrivées à son niveau, il m’a demandé : “quand est-ce que tu vas m’interroger à ton émission.” Je lui ai répondu : “monsieur le président, de quoi on va parler ?” Et avec beaucoup d’humour, il me dit : “Tu sais, les Bété-là, je connais tous leurs secrets, je vais dire beaucoup de choses.” Et il s’est mis à rire. Tout comme le Président de la République, les autres aussi le prennent bien. Figure-toi que certains même nous appellent quand on ne parle d’eux.



• Avez-vous les retours de l’émission par rapports aux Forces nouvelles ?


- Nous recevons des courriers, des appels venant du nord, de Bouaké. Il y a même des responsables des Forces nouvelles qui appellent pour nous féliciter. Ça les amuse.
 


Et quand irez-vous faire l’émission à Bouaké ou à Korhogo ?

- Nous sortons souvent des studios de Fréquence 2. S’ils nous invitent officiellement, nous irons, sans problème.



• Vous arrive-t-il d’avoir peur après l’émission ?


- Non. Nous n’avons pas peur, parce que ce que nous faisons est basé sur les alliances interethniques. Il n’y a que ces alliances-là pour réussir ce tour de magie. Cela grâce au public.
 


Bientôt les partis politiques seront en campagne pour les élections. Ne croyez-vous pas que cela pourrait vous influencer ?

- Nous ne sommes pas une tribune de revendication. Nous animons l’émission en tenant compte de la revue de presse. On ne veut pas être influencés par la politique. On fait notre travail. Et on ne veut pas être influencés par qui que ce soit.

 




Léandre Koffi

PAR RADIOJET.NET 21/06/2009
 

 

 

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