Abidjan
City Breakers (ABC), Nandjelet, Vidéo Stars
Plus, Afrique Etoiles, Podium… Pour la
nouvelle génération, ces concepts
s'attachent à un nom. Un monument de
l'animation et du show-biz ivoirien. Dans
les années 1980, c’est déferlante smurf.
Avec son feeling de teenager, Yves Zogbo
s'essaie à la musique. A sa suite, l'on
verra les RAS avec le mouvement Agnangnan.
Maillon vecteur de tous ces courants
musicaux, Yves Zogbo Junior s'en fera le
promoteur à travers Vidéo Stars Plus…
Viendront ensuite les plateaux prestigieux
Africains avec Afrique Etoiles. Des années
1980 jusqu'à ce jour, pour épouser le
vocabulaire de notre époque, ce showmaker
est toujours d'actualité. Avec une
perspective de carrière surfant sur
l'audiovisuel et le monde politique. Pendant
plus de vingt ans, il a donné du sien à un
corps de métier. En en étant un acteur
privilégié. De son mariage en pontes d'or,
avec Nicole Diallo, aux rumeurs les plus
folles, l'érosion du temps n'a pas eu raison
de lui.
Son professionnalisme, sa lecture du jeu
politique, ses conseils avisés ont fait de
lui, le conseiller de choix de bien de
personnalités politiques. Répondant à la
marche de son temps, et avec une poule dont
se réclame-t-il, aux premières heures de la
lutte patriotique, l'animateur se trouvera
au centre de bien de clameurs. Dans cette
atmosphère intenable, il part sur la pointe
des pieds de la Côte d'Ivoire en novembre
2005. Destination, le Bénin. Un an plus
tard, il fait un bond spectaculaire pour se
retrouver sur l'autre rive du fleuve Congo.
De Brazza, Yves Zogbo Junior a installé
dorénavant ses quartiers à Kinshasa. De
cette autre partie du globe, il nous a donné
le privilège d'échanger avec lui. Dans une
spontanéité déconcertante, il a décidé de
revenir sur les conditions dans lesquelles
est-il parti du pays. Sa vie familiale.
Bachir Chérif Kaloua Yves Zogbo a décidé de
sortir de son terrier. Avec une bonne dose
d'humilité. Voilà les nouvelles de Yves,
l'infalsifiable. Il est toujours le même, à
48 ans s'il vous plait !

Cela fait pratiquement près de deux ans que
tu es hors de la Côte d'Ivoire. Comment
est-ce que ça va sur ta nouvelle terre
d'accueil ?
Ça se passe très très bien. Le Congo est un
pays en chantier. Par rapport à notre
expérience, et nos capacités, nous essayons
de mettre tout ceci au service d'une boîte
de communication publicitaire qu'on appelle
Bantoo. Parallèlement à ça, je fais du
conseil et stratégies politiques avec
certaines personnalités de la place. Je
devrais dire que tout se passe pour le
mieux. Les choses se mettent en place. On
n'est pas chez nous, mais les gens
reconnaissent notre valeur.
Peut-on connaître les conditions dans
lesquelles tu es parti de la Côte d'Ivoire ?
Il faut le demander plutôt à la PJ. La
Police Judiciaire de la Côte d'Ivoire sait
les conditions dans lesquelles je suis parti
du pays. On a tué un garde républicain. Les
enquêtes sont en cours. Lorsqu'on a attaqué
ma maison et que le garde en question a été
tué, j'ai été exfiltré par l'ONUCI, pour
être logé au Golf Hôtel où une partie de la
rébellion avait élu domicile. Le lendemain,
j'ai pris mon avion pour me rendre au Bénin.
Au delà de cet incident qui est l'une des
causes, une autre serait qu'un conflit
t'opposerait à Blé Goudé ?
Pourquoi ne posez-vous pas la question à Blé
Goudé ?
Un deal d'argent entre vous aurait mal
tourné. Alors, nous t'avons en ligne.
Eclaire-nous à ce sujet…
Quand vous parlez de ça, cela
soutiendrait que Blé Goudé aurait tué le
garde républicain de Côte d'Ivoire ?
Non, aucunement. Ce n'est pas parce que
votre deal aurait mal tourné, que notre
requête insunierait cela ?
Bon la chose la plus simple, c'est le
recoupement. En dehors des personnes
concernées, nul ne sait le rôle que je
jouais au sein de la galaxie patriotique.
Donc, on va rester dans une logique de
confidentialité. Alors, je dis bien ceci :
“Vous ne savez pas si c'est moi qui
cherchais de l'argent pour approvisionner
les patriotes. Vous ne saviez pas si je
gérais les sous de la galaxie patriotique
pour pouvoir mener nos opérations sur le
terrain ? Il y a des critères qui font que
tant que ceux qui sont considérés comme les
leaders des mouvements patriotiques n'ont
pas donné le feu vert, moi Yves Zogbo, je
m'interdis de dire quoi que ce soit. Une
chose est sûre et qui est essentielle, c'est
que les gardes qui étaient commis à ma
sécurité ont été appuyés par le fait de Blé
Goudé. Ce qui voulait dire que ceux qui me
gardaient sont des personnes qui avaient
assez d'estime pour Charles Blé Goudé. On
est d'accord ?

Oui, c'est clair…
Donc, sur ce, je ne peux pas lier Blé Goudé
à l'opération dont j'ai fait l'objet. Par
contre, ce qui m'a fatigué, le ras-le bol,
je l'ai dit, et je le répète, c'est
l'accumulation des attaques. J'ai été
victime d'au moins quatre attaques à
domicile. Avant qu'on ne parle même de
départ, j'ai été régulièrement attaqué. Ce
que vous ne savez pas, c'est, si oui ou non,
je suis parti avec de l'argent. Une chose
est sûre, restons dans la confidentialité.
Mon départ n'a rien à voir avec mon amitié,
une discussion ou quoique ce soit avec Blé
Goudé. Après mon départ, je l'ai eu au
téléphone. Nous échangeons. Nous savons ce
que nous nous disons. Mais comme nous
appartenons à un pays où la rumeur fait
partie de notre rythme cardiaque, acceptons
ça comme ça. Mais Vergès, comme tu as pris
le soin sur toi de m'appeler, c'est pourquoi
je me permets de t'en parler. Parce que
j'avais décidé de ne plus revenir sur ce
sujet.
Revenons sur ton séjour béninois. L'on
aurait appris que tu travaillais pour une
société de téléphonie cellulaire. Les choses
se sont mal passées et par la suite tu as
décidé de quitter ce pays ?
Ça s'est très bien passé. Mon seul problème
au Bénin, ça a été mon côté dignité. Je
t'explique. Le Président Koné Dossongui, qui
est propriétaire d'une société là-bas m'a
demandé d'associer mes connaissances en
matière d'événementiel pour mettre en
évidence sa marque. Ce qu'on a fait. Mais je
dis qu'on tournait pratiquement en rond. Et
dans la même logique de sécurité, j'ai eu
des informations selon lesquelles, certaines
personnes seraient à Cotonou, pour je ne
sais quoi. Peut être que c'était du
chantage. Souvent, quand on sait que tu es
dans une situation de fragilité, chacun en
profite pour te soutirer au moins cinq
francs. Ce que beaucoup de personnes
ignorent aussi, c'est qu'on a fait du chemin
sur cette terre. Donc, on a des relations un
peu partout. Au lieu de quitter le continent
Africain… J'ai tout de même la nationalité
française. Mon passeport et autres… J'aurais
pu aller en Europe. Mais avec ce beau
parcours, je n'ai pas envie d'y aller pour
m'inscrire dans une logique de nouvelle vie.
J'ai préféré rester dans les alentours du
pays avant mon retour.
Puisque tu en parles, à quand ton retour
en Côte d'Ivoire ?
Après les élections.
On ne te verra pas briguer un poste
électif aux prochaines élections alors ?
La seule chose que je pourrais faire
aujourd'hui, c'est apporter ma contribution
à la candidature d'une personnalité au pays.
Indirectement, je vais y prendre part. Parce
que les élections ne se déroulent pas
seulement qu'en Côte d'Ivoire.
Tu ne postules plus à un quelconque poste
politique ?
Je m'étais présenté aux législatives, parce
qu'il y avait quelque chose à défendre.
Cette chose, la jeunesse Ivoirienne l'a
acquise, avec les différentes crises qu'on a
eues. Aujourd'hui, on a plus besoin d'être
le représentant d'une certaine frange de la
jeunesse, parce que la jeunesse sait
désormais ce qu'elle veut. Ce n'est plus
important, ni indispensable d'aller vouloir
être député. Nous avons des garçons
dynamiques comme Charles Blé Goudé, Ahoua
Stallone, qui ont les idées que nous avions,
quand nous voulions être député. Si on doit
faire quelque chose, il faut voir ailleurs…
Comment se porte ta vie familiale ?
Très difficilement. C'est vrai que j'ai
toujours voulu préserver ma vie familiale.
Si je dis que mes enfants ne me manquent
pas, je serais quelqu'un d'ignoble. Mais on
a acquis une certaine maturité sur le plan
spirituel. Si la situation fait
qu'aujourd'hui je suis éloigné de mon épouse
et de mes enfants, je le mets au compte de
Dieu. On essaie tant bien que mal de
maintenir ce qui est encore possible.
En un mot, au niveau familial, les choses
ne sont pas comme tu l'aurais souhaité ?
J'aurais aimé avoir ma famille avec moi.
Mais l'environnement ne s'y prête pas. Je
suis dans un pays qui sort de seize ans de
guerre. Je ne crois pas que m'installer ici
avec ma famille soit idéal. Nous allons
continuer à mener le combat en solitaire. Et
quand je serai décidé à rentrer au pays, je
le ferai sans problème.
Cela sous-entend qu'il y a un problème au
niveau de ton foyer ?
Si. Forcément, cela crée des problèmes. Je
pars d'Abidjan. Il y a tout un système que
je remets en cause. De la manière tes
enfants se rendaient régulièrement à Abidjan
avec ton épouse, pour te voir… Moi,
pareillement, qui partais les voir en
France… Il y a une cassure. 12 à 14 ans
d'union, ça ne se brise pas aussi
facilement. Mais, on a fait un choix devant
le maire.
En tant qu'animateur talentueux, deux ans
hors du pays, tu as forcément des échos sur
une certaine émulation dans le domaine
audiovisuel ivoirien ?
J'ai beaucoup de nouvelles concernant Didier
Bléou. Mais dans la forme, je n'ai pas
encore vu les réalisations que les gars
font. Je suis en train de me battre pour
avoir la RTI ici à Kinshasa. J'ai appris que
Didier s'en sort pas mal. Et je crois qu'il
est sur une bonne lancée. Il faut qu'il
sache que c'est la même population qui te
met en hausse, qui te rabaisse. Qu'il s'arme
de beaucoup d'humilité. S'il met de la
rigueur dans son travail, il devrait être un
grand homme de télé et de radio.
Les animateurs de ta génération que sont,
Consty Eka, Kader N'Dao, Biram, Serges Fatoh…
sont hors de la Côte d'Ivoire. N'a-t-on pas
l'impression que la Côte d'Ivoire tue ses
“génies” ?
Ça, ce n'est pas nouveau. Je le dis et je le
répète. Ce n'est ni la radio ni la télé qui
ont fait que, je suis parti de la Côte
d'Ivoire. Nous avons fait des choix dans nos
démarches politiques, parce qu'on aime notre
pays. L'on est qu'un élément du maillon. On
donne ce qu'on peut. A un certain moment,
les personnes dont tu as parlées se sont
vues tourner en rond. Je fais partie des
rares animateurs à avoir une certaine
perspective. Partant de la RTI, de
Nostalgie, à Nikady's et bien d'autres
choses.
Tu as évoqué Nostalgie. Quels sont tes
rapports avec l'équipe de cette radio ?
Nostalgie, c'est une famille. Hervé Cornuel,
on s'appelle fréquemment. Yves de M'Bella et
Eric Didia qui sont des animateurs de la
radio et moi sommes régulièrement en
contact. Hamed Bakayoko, je l'ai au moins
une fois au téléphone par semaine. En dehors
de ça, je reste actionnaire de Radio
Nostalgie. C'est normal quoi !
Un mot sur les dix ans de Magic System.
Tu avais été sollicité pour la présentation
de leur concert à l'Olympia en France.
L’événement de cette année a été fêté sans
ta présence…
J'avoue que c'est moi qui dois m'excuser,
parce qu'un mois avant, et chaque semaine,
j'avais Angelo Kabila et A'Salfo au
téléphone, qui tenaient à ce que je vienne à
Abidjan. Mais j'ai tendance à croire que
tous mes frères pensent que je suis parti
d'Abidjan par plaisir. Beaucoup de
personnes, Blé Goudé Charles, en
particulier, sait les conditions de stress
que j'ai vécues. Je ne dirais rien le
concernant. Parce que pour lui, c'était
évident, vu sa position. Mais nous qui
n'étions pas leaders, mais qui étions dans
l'entourage, imagine les tonnes de choses à
faire. Que les gens le sachent. Je n'ai peur
de rien. Mais quand tu es fatigué et que tu
ne perçois rien en retour, cela sous-entend
que tu te bats pour rien. Je ne sais pas si
je me fais bien saisir. A un certain moment,
tu dis ok…je prends du recul… Quelque soit
ce que tu as à faire.
Loin de la Côte d'Ivoire. Pas de remords.
Ou tu te dis qu'il fallait prendre beaucoup
de recul par rapport au stress accumulé ?
Si je te dis que je n'aime pas mon pays, je
raconte des inepties. Je ne suis pas parti
par plaisir. Mais à un certain moment donné
de la vie, quand tu arrives dans un pays qui
n'est pas le tien, au-delà de tes relations,
il faut avoir quelque chose à faire.
S'assumer. Pour ne pas vivre aux crochets de
tes amis. Il y a un minimum de dignité à
sauvegarder. Tu t'appelles Yves Zogbo. Tu
viens de la Côte d'Ivoire. Les remords, il y
en a. Tout le pays fait partie intégrante de
ta personne. Je me sens bien un peu partout
en Côte d'Ivoire. Il ya une forte nostalgie.
C'est vrai qu'on a des enfants, une épouse,
des amis, des frères et sœurs, mais il ne
faut pas se laisser expédier, or Dieu ne l'a
pas décidé. Quand j'ai senti ça, fatigué que
j'étais, j'ai pris du recul. Maintenant, les
rumeurs, il faut les accepter. Nous n'en
sommes pas aux premières. Tu es témoin. Tu
te rappelles de l'homosexualité, en passant
par le mariage par intérêt, et l'argent de
Blé Goudé… ce n'est pas nouveau… c'est clair
bêh, on assume. On a fait un choix, celui
d'être un homme public. On assume et on
verra la suite.
Quand on s'appelle Yves Zogbo Junior, et
qu'on a eu un parcours assez éloquent et
qu'on a 38 ans, si j'ai bonne mémoire…
…Ajoute même 10 dessus
48ans.
Je suis né en 1960
Ah, ouais !
Donc à 48 ans ?
(Rires) je ne suis pas ton camarade.
Ok, grand frère, donc à 48 ans, hors de
ton pays, pendant deux ans… Tes
perspectives…
Certainement, se mettre au service de son
pays. Et cela passe nécessairement par une
maîtrise du continent. C'est vrai que j'ai
beaucoup tourné en Afrique, et je t'avoue
Vergès, de loin, la Côte d'Ivoire en matière
de savoir faire, de services et autres est
au premier plan. Je suis convaincu que mes
perspectives mêmes si elles ne sont pas
d'être propriétaire d'une chaîne de télé, et
autres, seront certainement d'accompagner un
mouvement de développement, c'est-à-dire
travailler dans une administration. Gérer
par exemple une radio ou une télé. Rester
dans la logique de ce que l'on fait et de ce
que l'on connaît. Je ne fais pas ce que je
ne connais pas ou ce que je ne sais pas
faire.
Tu arrives à Kin. Quel est le regard des
Kinois sur toi ?
Je me fais beaucoup discret. Même si les
artistes s'aventurent chaque fois à faire
échos de ma présence. En dehors de ça, on a
fait des trucs à Abidjan sur le plan du
développement industriel qui nous attirent
de l'amour de la part de nos frères ici. Ça
va. Je suis dans la promotion des
investissements et en même temps dans
l'élaboration de l'événementiel. La chance
poursuit son chemin. Et la même société de
téléphonie cellulaire qui était au Bénin est
en train de s'implanter ici en RDC. Je
prépare le lancement de ce GSM pour le mois
de décembre.
Pour terminer, après pratiquement deux
ans d'absence, les ivoiriens ont des
nouvelles de toi par le canal de Prestige
Mag. Quels messages forts pour ces milliers
d'Ivoiriens qui vont te lire ?
J'ai retenu une phrase du dernier album du
groupe Magic System “Là où tu crois que tu
es caché là, c'est là, nous on dort…”. Si
j'avais un problème avec qui que ce soit, je
pense que la personne serait venue me voir
immédiatement. Mais je pense que ce n'est
pas la chose la plus importante. Ce qui me
parait très utile, c'est d'abord que nous
nous remettions ensemble. Au regard des
autres pays africains, nous sommes en train
de prendre du retard. Tout le monde me
manque énormément. Le jour où je reviendrai,
ce sera comme d'habitude. Nous nous
asseyerons pour spéculer sur ce qui a pu
être dit dans le temps. Voilà un peu le mot
de fin tout en te remerciant Vergès, de
temps en temps comme ça de penser à Yves
Zogbo qui est en vie quelque part sur la
planète.
Merci également à toi grand frère pour ta
spontanéité. Nous te souhaitons plein de
bonnes choses à Kinshasa.
Merci, bye bye. Tchao !
Réalisée par Guillaume Vergès /
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